2ème ATELIER TACTILE au Musée Matisse de Nice

Atelier de préparation au voyage de Florence

Du samedi 29 janvier2022

Au musée Matisse à Nice.

 Les présents :

Malvoyants : Eliane, Micheline, Gisèle, Ghania et Claude.

Accompagnateur : Gérard, Jean, Patricia, Jean-Marie, Jean-Paul, Huguette.

Notre guide de voyage, Magdalena

Pour le projet filmique: Olivier et Charlotte.

– Et notre médiatrice culturelle Sylvie GARET.

« L’oreille est muette, la bouche est sourde, l’œil perçoit et parle,

En lui s’y reflète de l’extérieur le monde, et de l’intérieur l’âme. »Goethe. 

Le monde est très visuel, comment voir l’art autrement ? Nous découvrirons que c’est un art de voir l’art  autrement avec tout ce qui s’impose comme moyens et outils y compris l’apport des informations sensorielles autre que la vision. Pour les déterminer, des ateliers ont été  organisés.

Comme pour le premier atelier et guidés par Sylvie Garet, deux œuvres avaient été revisitées, le buste de  Louis Armstrong et l’œuvre de la piscine. Pour cette dernière, Sylvie a commencé par un  topo assez élaboré, renseignant sur le contexte de création, le volume de l’œuvre, les matières utilisées, les couleurs et le positionnement avec quelques caractéristiques des formes qui représentent la faune marine. Elle a complété la description par d’autres outils tels qu’une double maquette à petite échelle qui représente la totalité de l’œuvre et deux formes à dimension réelle. Ceci a facilité notre immersion dans cette ambiance aquatique. Autant de moyens sont ainsi  mis en œuvre  pour remplacer un simple coup d’œil.

Nous étions  toutes  malvoyantes avec un résidu visuel ce qui nous a permis d’assister les accompagnateurs qui ont bien voulu se prêter au jeu de la non-voyance en se masquant les yeux.

Pour cette  œuvre Sylvie a fait preuve de bonne volonté  en multipliant les outils afin de nous transmettre  le contenu de l’œuvre et ainsi nous faire ressentir  la sensibilité de cette œuvre.

           En poursuivant la visite et en se rendant  aux prochaines œuvres, on s’est arrêté devant un tableau représentant Matisse entrain de peindre et le modèle en face. Là, nous avons été confronté à une des problématiques des malvoyants, « tout est perçu,  rien n’est distingué », nous étions dans l’incapacité de se représenter le contenu de l’œuvre, tout se mêle et se confond. Mais avec une bonne explication, l’œuvre se découvrait à nous  comme par magie. C’est un état de fait rencontré dans notre vie au quotidien.

Et enfin, on passe à la visite tactile de deux sculptures,  « Les Deux Dames et La Serpentine». Là encore les voyants avaient simulé la non voyance et  nous les avons assisté.

Nous avions constaté que pour les  pseudo aveugles, appréhender une œuvre était  plus difficile. Malgré la perception tactile, les orientations et les explications, ils étaient plus confus et avaient du mal à se représenter  L’œuvre  (Ce n’est pas ce que je me suis imaginé) disaient certains. D’une part, la  mise en situation leur a permis  de comprendre la difficulté à se représenter une œuvre notamment lorsqu’elle est difforme. Comme l’apprentissage du braille, l’appréciation tactile d’une œuvre demande un certain entraînement. À ce sujet nous déplorons l’absence de personnes non-voyantes qui auraient pu apporter leurs expériences. D’autre part la simulation leur a  fait prendre conscience de la pénibilité de se déplacer même avec une aide humaine, je cite pour exemple l’expérience de  Jean-Marie qui était guidé par Gisèle et qui ne semblait pas confiant, il était crispé avec une marche très hésitante.

 Contrairement à une visite conventionnelle, cet atelier était très animé.  Echanges et communications étaient de la partie afin de déterminer ensemble, malvoyants, accompagnateurs et guides, les meilleurs moyens pour une visite réussie. 

Conclusion :

La visite en toute autonomie d’un musée par la personne déficiente visuelle demeure impossible. En revanche, appréhender une œuvre d’art est en soi un art qui requiert l’utilisation d’outils et de dispositifs tel que audioguide ou guide conférencier, la reproduction en relief, par technique thermoformée ou en 3D mais également le toucher et la reconstitution des saynètes ; enfin l’œuvre peut être appréhendée par le son et  l’odeur. Il est aussi nécessaire de prévoir certains paramètres, notamment le temps, le nombre d’œuvres…

Demeure la difficulté de reconstituer fidèlement une œuvre   qui présente des disproportions ou des  torsions des  lignes voir dislocation des formes  (art informel à tendance abstraite…). Mais cela a des avantages, il permet à l’imagination de  galoper librement. Cependant toucher la sensibilité de l’œuvre et se la représenter reste le propre de chacun en fonction de son état d’esprit du moment, son vécu, ses souvenirs…

Ces ateliers étaient une belle expérience qui a permis d’apporter des éléments de réponse à nos besoins pour voir et apprécier l’art autrement lors de notre voyage en Toscane.

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